Une rareté à regarder.
Wild Stallion
Adaptation de 1955 d'une nouvelle de W. Faulkner.
Old Taylor Rd, Oxford courtesy of American Memory Project, Library of Congress
vendredi 14 mars 2014
lundi 26 août 2013
Flannery O'Connor, un peu d'humour.
« Quelques jours plus tard, Sarah Ham se taillada le
poignet avec un couteau à légumes et eut une crise de nerfs. Du fumoir où il
s’était enfermé après le dîner, Thomas entendit un hurlement déchirant, puis
une série de cris aigus, puis les pas précipités de sa mère qui semblait
galoper dans toute la maison. Il ne bougea pas. Il espéra tout d’abord que la
fille s’était tranché la gorge, mais dut bientôt déchanter : elle n’aurait
point, si tel avait été le cas, crié si longtemps ni avec une pareille vigueur.
Il reprit sa lecture et bientôt les cris s’apaisèrent. Une minute après, sa
mère fit irruption dans le fumoir et lui tendit son pardessus et son chapeau.
« Il faut que nous la conduisions à l’hôpital, dit-elle. Elle a essayé de
se supprimer. Je lui ai mis un garrot. Seigneur Dieu, suppose que ce soit toi
que le désespoir ait poussé à faire une chose si affreuse ! ». Thomas
resta de bois, se leva et mit chapeau et pardessus. « Nous allons
l’emmener à l’hôpital, dit-il, et l’y laisser. ».
« Le confort du foyer », Mon mal vient de
plus loin, 1960.
« Quand je suis partie pour l’Université d’Iowa, je
n’avais jamais entendu parler de Faulkner, de Kafka et de Joyce et n’avais,
évidemment, jamais ouvert un de leurs livres. Je me suis donc jetée sur tout en
même temps, au point qu’aucun écrivain, je crois, ne m’a influencée, à lui
seul. J’ai lu tous les romanciers catholiques, Mauriac, Bernanos, Bloy, Greene,
Waugh, et des tas de dingues comme Djuna Barnes et Dorothy Richardson et
Virginia Woolf (ce qui est, évidemment, injuste pour cette chère dame). J’ai
avalé aussi les meilleurs auteurs du Sud, Faulkner, les Tate, K.A. Porter,
Eudora Welty, et Peter Taylor. J’ai découvert les Russes, moins Tolstoï que
Dostoïevski, Tourgeniev, Tchekhov, et Gogol. J’ai adoré Conrad dont j’ai lu
presque tous les livres. J’ai totalement sauté des gens comme Dreiser, Anderson
(à part quelques nouvelles) et Thomas Wolfe. Il me semble avoir appris des
choses chez Hawthorne, Flaubert, Balzac et quelques-une chez Kafka, bien que je
n’aie jamais été capable de finir un de ses romans. J’ai lu presque tout Henry
James, par sens du devoir et parce qu’avec lui j’ai l’impression qu’il m’arrive
quelques chose, au ralenti, mais qui se produit tout de même. J’ai admiré les Vies
de poètes du Dr Johnson, mais, toujours, ce qui émerge de ma mémoire, ce
sont les Contes comiques d’Edgar Allan Poe. Je suis sûre qu’il les a
écrits en état d’ébriété ».
L’habitude d’être, 28/08/1955.
« Savez-vous ce que les entrepreneurs des pompes
funèbres font des cendres des gens incinérés ? Ils les envoient aux
cannibales qui n’ont qu’à ajouter de l’eau pour consommer une sorte
« d’humanité instantanée », comme le café soluble ».
Lettre à S. et
R. Fitzgerald, 01/12/1957.
« … Il y a
deux semaines, j’ai été au collège Wesleyen pour lire Les Braves Gens ne
Courent pas les rues. Ensuite, j’ai assisté à un cours pour répondre aux
éventuelles questions. Il y avait là deux jeunes professeurs et l’un d’eux, du
genre sérieux, m’a demandé : « Mademoiselle O’Connor, pourquoi votre Désaxé
porte-t-il un chapeau noir ? ». Je lui ai expliqué que la plupart des
paysans, en Géorgie, portait des chapeaux noirs. Il a paru déçu et a
insisté : « Mais, Mademoiselle O’Connor, le Désaxé représente le
Christ, n’est-ce pas ? - Pas le
moins du monde, ai-je protesté. – Dans
ce cas, s’est-il étonné, quelle signification peut-on donner au
chapeau ? - Je n’en vois
qu’une : il sert à couvrir la tête », ai-je répondu. Là-dessus, on
m’a laissé tranquille. Voilà ce qu’est devenu l’enseignement de la littérature. »
Lettre au Pr
T.R. Spivey, 25/05/1959.
« Hier,
pour la première fois, j’ai vendu un couple de paons. Mes clients sont arrivés
dans une longue voiture blanche. La dame portait des shorts très courts. Ils
avaient manifestement beaucoup d’argent et n’y étaient pas encore très
habitués. Elle pilote son petit avion personnel, possède deux ratons laveurs et
un chien tibétain (si j’ai bien compris). Lui a envie de se lancer dans
l’élevage des paons, des faisans et des grenouilles. Ils sont rentrés chez nous,
ont admiré la maison, et la dame m’a dit : « Nous avons été à Macon
pour regarder de vieux meubles rustiques français. J’ai envie de m’acheter un
siège d’amour ». Son mari est ingénieur des Ponts et Chaussées. Il m’a
raconté qu’il avait un ami écrivain dans le Mississipi. Je lui ai demandé qui
c’était. « Un certain Bill Faulkner, m’a-t-il répondu. Je ne sais pas ce
qu’il vaut comme auteur mais c’est un sacré chic type ». Je lui ai assuré
que c’était aussi un sacré bon professionnel… ».
Lettre à E. Bishop,
02/08/1959.
« Plus je
rencontre d’étudiants, plus mes réponses sont vagues. L’un d’eux, au Texas, m’a
demandé en me toisant d’un œil inquiet : « Miss O’Connor, quand vous
écrivez, à quelles motivations obéissez-vous ? – Je ne suis bonne qu’à ça »,
ai-je répondu. J’ai compris à son expression qu’il pensait que sa question
dépassait de loin mes facultés intellectuelles… »
Lettre à J.
Hawkes, 24/11/1962.
« K .A.
Porter m’a envoyé une critique d’un magazine français, L’Express,
sur Les Braves Gens ne courent pas les rues. Cela me paraît plus
élogieux que judicieux. Mais j’apprécie qu’on dise que je vis dans un vaste
domaine, parmi une foule de bête ».
Lettre à T.
Stritch, 04/07/1963.
« Pour
autant que j’y comprenne quelque chose, il me semble que la médecine et la
maladie se font la course, la première arrivée vous tuera ».
Lettre à M. Lee,
01/07/1964.
Flannery O’Connor, 25 mars 1925 – 03
août 1964.
jeudi 13 juin 2013
La fin de la lecture, vue par Philip Roth
"Ici, il y a encore une culture littéraire. Mais je ne me fais guère d'illusions. Dans le quartier où nous sommes en ce moment, le Upper West Side, ce périmètre qui va de la 72ème Rue à Columbia University et de Central Park au fleuve, il y a plus de lecteurs que dans le reste de New York, et peut-être même le reste des Etats-Unis. [...] Enfin, ne nous plaignons pas... Il y a encore des lecteurs. Mais ils sont si rares qu'ils pourraient tous se connaître et s'appeler par leurs noms. Pour moi, un lecteur est une personne qui lit au moins deux livres par mois, qui passe quatre heures tranquillement assis à lire un livre, sans rien faire d'autre. Et quand le livre est fini, qui y pense encore. C'est ça, un lecteur ! En Amérique, il ne doit pas en avoir plus de 50 000."
Entretien paru en novembre 1990, Le Nouvel Observateur.
"Plus que jamais. La culture littéraire est en voie de disparition, en Amérique. [...] C'est comme ça. L'ère où l'on croyait que les livres pouvaient enrichir la conscience humaine est révolue. La lecture n'est plus considérée comme un vecteur indispensable de la transformation personnelle. [...] La littérature aujourd'hui, c'est comme une radio qui émet, mais il n'y a pas de récepteurs. Les programmes sont intéressants, mais sont diffusés dans le vide. Les gens ne nourrissent aucune frustration puisque le besoin de lire lui-même a disparu. Il y a presque un vrai soulagement de s'être débarrassé d'une obligation encombrante".
Entretien paru en avril 1999, Le Nouvel Observateur.
dimanche 10 mars 2013
Tennessee Williams
"La nuit de l'iguane" est une pièce en trois actes, trop peu connue, écrite par Tennessee Williams en 1961. Les personnages sont attachants, complexes, et tellement humains. L'humour, permanent, souligne la profondeur des interrogations qui taraudent les personnages principaux. Larry Shannon, révérend reconverti dans l'organisation de voyages, est trop occupé par ses problèmes personnels pour s'ouvrir au monde et le voir tel qu'il est. A l'inverse, Hannah Jelkes est trop tournée vers les autres pour s'occuper de ses problèmes. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, à défaut de se comprendre, sous l'oeil sarcastique de la propriétaire de l'hôtel "La Costa Verde", Maxine Faulk : face aux interrogations et aux failles de Larry et Hannah, elle représente le réalisme "terre-à-terre", sûr et reposant, évitant les questions futiles, existancielles.
Un bon moment de lecture.
Du même auteur, je conseille aussi "Vingt sept remorques pleines de coton" (1946). Les personnages, très faulknériens, jouent au chat et à la souris, dans la chaleur du Mississippi. L'appât du gain et la manipulation servent de toile de fond à cette histoire, où l'inexorable montée des "forces de l'argent" se fait au détriment des "petits producteurs" (on retrouve le thème des Snopes). Au milieu de ce combat, la femme endure, comme elle le peut. Vision pessimiste de l'évolution d'un monde.
mercredi 9 janvier 2013
Coucher de soleil sur Nantucket, Massachusetts
(photographe : G. Gagliardi)
The road beyond the town.
Mickael EARLS (1912).
A road goes up a pleasant hill,
And a little house looks down:
Ah! but I see the roadway still
And the day I left the town.
The day I left my father's home,
It's many a year ago,
And a heart and hope were brave to roam
the long, long road I know.
The long, long road by hill and plain,
It's tired the heart might be:
But hope stayed bright in sun or rain,
And a Voice that called to me.
A Voice that called me over the hill
And out of the little town:
Ah! but I see the roadway still.
And the good house looking down.
The house that spake me never a No!
As I started brave away,
But said with a blessing, Go!
And followed me every day.
It followed me down the road of years,
For a father's heart is true,
And joy is sweet in a mother's tears
For the deeds her child may do.
The poor little deeds, all powerless
For the Kingdom of God would be,
Save in His mercy will He bless
The road that goes with me:
The road that left a pleasant hill,
Where a little house looks down:
Ah! but I bless the roadway still,
And the land beyond the town.
in Anthology of Massachusetts Poets, William Stanley Braithwaite Editor (2000).
lundi 1 octobre 2012
Triste Amérique
(Brent Bergherm)
"Est-ce que c'est ça, l'amour ?", dit l'un des personnages de ce recueil de nouvelles (1). Cette interrogation, R. Carver la laisse planer sur tout le livre, au fil des histoires. Une Amérique triste que celle dépeinte par l'auteur, où les personnages, souvent pathétiques, semblent errer dans leurs vies, buvant pour oublier, aimant par habitude, jusqu'à ce que la lassitude prenne le dessus. Le quotidien se charge d'user le rêve américain. A travers ces différentes histoires, R. Carver nous livre des tranches de vie sensibles, jusqu'à la cruauté parfois ("Une petite douceur", "Toute cette eau si près de chez nous"), mais profondément humaines. Des hommes et des femmes qui vivent dans un monde où le rêve n'est que l'envers de la vie réelle. Une écriture claire, précise, sans effet, rend les personnages attachants : l'histoire la plus banale fait ressortir l'humanité de ces hommes et femmes, leurs faiblesses, leurs failles et, toujours, cette recherche perpétuelle de l'amour.
(1) Carver Raymond, Débutants, coll. "oeuvres complètes 1", Editions de l'Olivier, 2010.
dimanche 23 septembre 2012
Encore des comparaisons !
J'aime toujours autant les comparaisons des auteurs américains. Voici ma dernière récolte :
"Voici comment ça se passe. Un jour, on vit tranquillement sa vie, on ne se sent pas tellement bien mais pas tellement mal non plus. Et puis on l'attrape, la mormonite. On ne peut plus supporter ça. On a l'impression d'être une mouche dans un livre de prière. Tout le poids de Salk Lake s'abat sur vous".
" Sur ces mots, Tom sortit et la lumière vive de la journée sembla se refermer sur lui comme une main".
" Elle était morte soudainement, tombant à genoux au milieu de la foule qui se dispersait, laissant échapper de son sac à provisions un unique chou qui avait roulé sur le trottoir comme une petite tête décapitée".
L'histoire se passe à Salt Lake City, patrie des Mormons.
"Voici comment ça se passe. Un jour, on vit tranquillement sa vie, on ne se sent pas tellement bien mais pas tellement mal non plus. Et puis on l'attrape, la mormonite. On ne peut plus supporter ça. On a l'impression d'être une mouche dans un livre de prière. Tout le poids de Salk Lake s'abat sur vous".
" Sur ces mots, Tom sortit et la lumière vive de la journée sembla se refermer sur lui comme une main".
" Elle était morte soudainement, tombant à genoux au milieu de la foule qui se dispersait, laissant échapper de son sac à provisions un unique chou qui avait roulé sur le trottoir comme une petite tête décapitée".
Du Sang sur l'Autel de Thomas H. Cook, Points.
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